Revue

Cahiers congolais d’études avancées Numéro 2

Publication de l’Institut congolais d’études avancées (ICEA)
Cahiers congolais d’études avancées Numéro 2

Publication de l’Institut congolais d’études avancées (ICEA)

Comme prévu, l’ICEA poursuit, à travers ce deuxième numéro de sa revue, la livraison des textes des communications présentées au séminaire organisé par l’Institut à Kinshasa, du 16 au 18 octobre 2024, sur le thème : « Guerres, pillages et violences extrêmes dans l’est du Congo ».

Alors que le premier numéro dressait un panorama des faits de guerre et de violence dans une perspective tendant à cerner les antécédents et les origines de la crise dans les pays des Grands Lacs, le présent volume recentre l’attention sur la province congolaise de l’Ituri, au coeur d’une violence paroxystique dont les retombées funestes sont ressenties de manière toujours vive, y compris au moment où la série d’articles constituant la substance de la présente étude est mise sous presse.

De manière particulière, le choix de la rédaction vise à mettre le curseur sur une région du pays que sa situation géographiquement excentrée tient généralement éloignée des « Une » de l’actualité. Les faits qui s’y déroulent passent souvent inaperçus étant donné l’impossibilté de les aborder à l’aune d’une grille de lecture orientée majoritairement vers la stigmatisation de l’influence étrangère. Celle-ci est certes présente mais elle ne peut masquer le fait que les acteurs les plus déterminés des crimes abominables commis depuis de nombreuses années en Ituri, et dans une grande partie du Congo oriental, sont majoritairement des natifs de la région.

Il convenait de mettre en lumière les ressorts d’une brutalité à la fois déroutante et étonnamment réfléchie, souvent mal comprise,
tout en prenant en compte les pistes de sortie esquissées par des analyses issues de disciplines aussi diverses que l’histoire, l’anthropologie,
la sociologie — notamment celle des religions — ainsi que les sciences politiques, économiques et juridiques. La rigueur dans la présentation des faits et la finesse des interprétations convergent vers une approche résolument interdisciplinaire, considérée comme essentielle pour appréhender une réalité parfois sournoise. L’ICEA, qui défend cette méthode, reste convaincu que le travail qu’il soutient depuis plus d’un an portera ses fruits. Car la recherche perdrait tout son sens si elle se détournait des enjeux cruciaux liés à l’avenir des nations.

 

AVANT-PROPOS

Dans des conflits multidimensionnels que connaît l’Est du Congo depuis le début des trois dernières décennies, l’Ituri constitue un cas à part. Sa situation s’apparente à une « crise dans la crise », par la particularité de son histoire, les brutalités qui accompagnent les scènes des violences qui s’y cristallisent, et l’implication d’un
autre acteur externe, en plus du Rwanda : l’Ouganda de Yoweri Museveni.

Située entre les provinces de la Tshopo, du Nord-Kivu et du Haut-Uélé dont il constitue à la fois le prolongement et le point de jonction, cette province du Nord-Est est baignée par le lac Albert ; un lac, visité pour la première fois par Samuel Baker en 1864 qui lui donna le nom d’Albert en souvenir du mari de la reine Victoria, prince consort du Royaume-Uni, avant que Mobutu ne le qualifie, pour un temps, de son propre nom. Célèbre par ses réserves
halieutiques, ce lac septentrional regorge de pétrole qui ne cesse d’être siphonné à partir de ses rives orientales.
C’est dire que l’Ituri aurait dû, en principe, être un paradis, par ses ressources agricoles, pastorales et halieutiques, en plus de celles, naturelles, du sol et du sous-sol.

Mais ces privilèges octroyés généreusement par la nature ont pour effet pervers l’étrange et macabre spectacle des conflits qui se perpétuent sur son espace au quotidien ; ceux-ci se démultiplient
si facilement au point d’envahir pratiquement tous ses cinq
territoires, rivalisant de cruauté à travers un chapelet de groupes
armés, comme en rend compte ici Adolphe Agenonga Chober.
La question de fond serait de tenter de comprendre l’origine et
la cause de l’excentricité de cette terre de l’Ituri. La trajectoire
d’un vécu, comme celui de Mateso Locha, permet d’y glaner des
éléments utiles. Il en est de même du large exposé des deux historiens
du terroir, Mbitso Ngedza et Bura Dhengo, sur les peuples
de l’Ituri dans leur diversité, les influences qu’ils ont subies et
les modes d’organisation qui se sont imposés au cours du temps.
Les « regards rétrospectifs » de Jean Omasombo, auteur des gros

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