Revue

Cahiers congolais d’études avancées Numéro 2

Publication de l’Institut congolais d’études avancées (ICEA)
Cahiers congolais d’études avancées Numéro 2

AVANT-PROPOS

Dans des conflits multidimensionnels que connaît l’Est du Congo depuis le début des trois dernières décennies, l’Ituri constitue un cas à part. Sa situation s’apparente à une « crise dans la crise », par la particularité de son histoire, les brutalités qui accompagnent les scènes des violences qui s’y cristallisent, et l’implication d’un
autre acteur externe, en plus du Rwanda : l’Ouganda de Yoweri Museveni.

Située entre les provinces de la Tshopo, du Nord-Kivu et du Haut-Uélé dont il constitue à la fois le prolongement et le point de jonction, cette province du Nord-Est est baignée par le lac Albert ; un lac, visité pour la première fois par Samuel Baker en 1864 qui lui donna le nom d’Albert en souvenir du mari de la reine Victoria, prince consort du Royaume-Uni, avant que Mobutu ne le qualifie, pour un temps, de son propre nom. Célèbre par ses réserves
halieutiques, ce lac septentrional regorge de pétrole qui ne cesse d’être siphonné à partir de ses rives orientales.
C’est dire que l’Ituri aurait dû, en principe, être un paradis, par ses ressources agricoles, pastorales et halieutiques, en plus de celles, naturelles, du sol et du sous-sol.

Mais ces privilèges octroyés généreusement par la nature ont pour effet pervers l’étrange et macabre spectacle des conflits qui se perpétuent sur son espace au quotidien ; ceux-ci se démultiplient
si facilement au point d’envahir pratiquement tous ses cinq
territoires, rivalisant de cruauté à travers un chapelet de groupes
armés, comme en rend compte ici Adolphe Agenonga Chober.
La question de fond serait de tenter de comprendre l’origine et
la cause de l’excentricité de cette terre de l’Ituri. La trajectoire
d’un vécu, comme celui de Mateso Locha, permet d’y glaner des
éléments utiles. Il en est de même du large exposé des deux historiens
du terroir, Mbitso Ngedza et Bura Dhengo, sur les peuples
de l’Ituri dans leur diversité, les influences qu’ils ont subies et
les modes d’organisation qui se sont imposés au cours du temps.
Les « regards rétrospectifs » de Jean Omasombo, auteur des gros

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